Sébastien FathHistorien, chercheur au CNRS, spécialisé dans l’étude du protestantisme évangélique« Ukraine » vient d’un terme slave qui signifie « frontière ». Baptisée ainsi depuis le XIIe siècle, cette terre, aujourd’hui martyrisée par la guerre, porte bien son nom : frontière géopolitique, frontière religieuse aussi, en particulier entre le monde catholique et le monde orthodoxe. Les catholiques, qui représenteraient environ 15 % de la population, sont bien connus, en particulier en raison de l’histoire singulière des uniates. Très attachées à l’individuation des options religieuses, en un mot, à la liberté de choisir, elles ont été particulièrement ciblées par le pouvoir russe, en 2014, après l’annexion de la Crimée. Autant de signaux, dans l’histoire récente, qui nous rappellent que ce qui se joue aujourd’hui, en Ukraine, dépasse évidemment l’enjeu de l’appropriation du territoire : au pluralisme politique et culturel, certes perfectible, de la société ukrainienne post-soviétique s’ajoute une solide liberté religieuse dont catholiques comme protestants ont profité.
Source: La Croix February 18, 2023 12:14 UTC