Pour nous plonger dans les eaux troubles de Conrad, le metteur en scène lyonnais a fait appel à un jeune marin que n'effraient pas les tempêtes : Thomas Rortais. Qui d'autre que Marief Guittier, artiste de tous les possibles, pouvait endosser la mélancolie bravache du vieux Marlow et la démence de Kurtz ? Toute en assurance feinte et en fêlures, elle nous entraîne au bord du gouffre de la pure sauvagerie, du mal devenu métaphysique. De Britten aux Doors (« The End »), la bande-son accompagne avec bonheur cette flottaison funèbre sur les eaux glauques du fleuve. Entre la flamboyante gravité de Conrad et la folie macabre de Lautréamont, Michel Raskine et ses brillants acolytes nous font survoler des abîmes de ténébreuse poésie pour mieux exorciser les horreurs du monde.
Source: Les Echos July 17, 2017 03:45 UTC